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April 3, 2019

Lutte ouvrière dans les élections européennes

Nous rappellerons que le Parlement européen, comme toutes les institutions élues dans la démocratie bourgeoise, sert de feuille de vigne à une armada de fonctionnaires non élus et, derrière elle, à la domination du grand capital. Il prétend représenter les peuples de l’Union européenne (UE). Il ne les représente pas plus que les Parlements nationaux ne représentent les intérêts de leur propre peuple, ni sous Macron ni auparavant. Il ne le peut pas pour cette raison fondamentale que les exploiteurs et les exploités ont des intérêts opposés et que le prétendu « intérêt national » exprime, dans la société de classes, l’intérêt de la classe dominante.

L’union actuelle entre des États qui sont tous au service de leur classe de possédants n’est cimentée que par leur volonté commune d’assurer à leurs capitalistes un marché aussi large que possible pour faciliter la circulation de leurs marchandises et de leurs capitaux. Mais cette volonté commune affichée dissimule la brutalité des rapports de force entre les États impérialistes d’Europe et la partie la moins développée du continent. La guerre menée aux classes laborieuses de Grèce par les puissances impérialistes d’Europe occidentale, par leurs banques et leurs dirigeants, en a fourni la dernière des illustrations. La mise en coupe réglée des anciennes Démocraties populaires par les grandes entreprises capitalistes, allemandes, françaises, britanniques, en est une autre illustration. De l’automobile aux hypermarchés capitalistes, en passant par les banques, l’Europe centrale et orientale, de la Pologne à la Bulgarie, est redevenue un terrain d’affrontement entre multinationales, comme elle l’était avant la Deuxième Guerre mondiale.

L’union de tous les peuples d’Europe est une nécessité pour ce continent à l’histoire si partagée, aux peuples si entremêlés, aux économies si interdépendantes, et qui a pourtant été si souvent déchiré par des guerres. Mais l’Union européenne n’est pas une union des peuples. C’est l’association de bandes de brigands, les pays impérialistes d’Europe occidentale, dont les plus puissants, France, Allemagne et Grande-Bretagne, se partagent la domination sur le continent.

Que les brigands capitalistes des différents pays soient associés ou qu’ils s’affrontent, ils mènent toujours la guerre contre ceux qui n’ont que leur travail pour vivre.

S’agissant d’élections qui ont le Parlement européen pour objet et l’avenir de l’Europe pour prétexte, nous défendrons le point de vue qui correspond aux intérêts politiques de la classe ouvrière. L’unification de l’Europe fait partie de notre programme. Le morcellement de ce continent entre États nations rivaux, défendant les intérêts spécifiques des bourgeoisies nationales, est un des aspects les plus réactionnaires, les plus nuisibles de l’organisation capitaliste de la société.

Il y a un siècle déjà, Trotsky défendait la perspective des États-Unis socialistes d’Europe. L’incapacité de la bourgeoisie dominant l’Europe à les réaliser est l’expression de son incapacité à réaliser quoi que ce soit de progressiste, c’est-à-dire allant dans le sens du progrès de la société humaine.

C’est la rivalité entre les bourgeoisies impérialistes française, allemande, britannique, etc., qui a creusé, lors de deux guerres fratricides devenues mondiales, un fossé de sang entre des peuples qui avaient tissé entre eux mille liens économiques, culturels, humains, au long d’une histoire commune. Cette rivalité entre bourgeoisies, même lorsqu’elle ne se traduit pas par la guerre, pèse sur les travailleurs. C’est en invoquant la concurrence, la nécessité d’être compétitives les unes vis-à-vis des autres, que les différentes bourgeoisies aggravent les conditions de travail et de salaire de tous les travailleurs.

Depuis un siècle, l’interdépendance économique est devenue bien plus forte encore. La mondialisation a multiplié les liens et les élargit à l’échelle de la planète. Les États-Unis d’Europe devront être intégrés dans une fédération mondiale des peuples, réglant collectivement les grands problèmes planétaires qui concernent l’avenir même de l’humanité – réchauffement climatique, pollution des mers, menaces contre nombre d’espèces vivantes et par là contre la vie elle-même.

Ces grands problèmes ne peuvent pas être résolus sur la base de la propriété privée des moyens de production, de la concurrence et du morcellement de monde en États nationaux.

L’Europe ne pourra être unifiée, en assurant une vie démocratique à tous ses peuples, en particulier aux minorités aujourd’hui opprimées, que par le renversement du pouvoir de la bourgeoisie.

Comment le capitalisme pourrait-il ouvrir une perspective aussi grandiose qu’une Europe sans frontières et intégrée à la communauté humaine dans son ensemble ? Il n’est même pas capable d’assurer la satisfaction des besoins les plus élémentaires de tous, alors pourtant que les forces productives de l’ensemble de l’humanité ont atteint un niveau où ces besoins pourraient et devraient être satisfaits.

Tant que se perpétue l’organisation actuelle de la société, tout en militant pour son renversement, les communistes révolutionnaires continuent à défendre le droit démocratique élémentaire pour chacun de circuler et de s’installer librement, quelle que soit son origine, européenne ou non. Ils affirment que les travailleurs appartiennent à la même classe, avec les mêmes intérêts et un même combat à mener pour leur émancipation. Ils opposeront l’internationalisme à toutes les formes de démagogie nationaliste. Ils considèrent que le renforcement des frontières et la chasse aux migrants sont des expressions de l’évolution réactionnaire de la société et sont mortellement préjudiciables aux intérêts des travailleurs.

Les partis politiques de la bourgeoisie en compétition dans les élections européennes se partagent entre ceux qui présentent l’UE comme une chance et ceux qui la dénoncent comme la source de tous les maux. Ils mentent autant les uns que les autres.

Nous n’avons pas du tout l’intention de prendre parti pour l’un ou l’autre de ces deux camps. Porter le débat sur le choix entre plus ou moins d’Union européenne est un faux débat pour entraîner les travailleurs, une fois de plus, à oublier leurs intérêts de classe.